Publication Août 2016
Très chers adhérents de l’ADUSPAA,
Alors que nous entamons le deuxième semestre de l’année 2016, après un peu plus de 3 ans d’existence de notre association, il convient de dresser le bilan et de tirer les conclusions qui s’imposent.
Quelle est la situation ?
Pour rappel, notre association s’est créée dans le but de défendre nos adhérents contre les abus de tout genre induits par un projet calamiteux de réalisation d’un assainissement collectif. Pour rappel, nous avons dénoncé une redevance d’assainissement collectif de 20 ans alors que les travaux de réalisation concrète du réseau d’AC sont toujours en cours, et loin d’être terminés !
Au cours des trois années passées, nous avons multiplié les actions auprès de quantité d’acteurs des secteurs privés, publics et institutionnels français ; Les rares personnes qui nous ont compris et soutenus n’ont pu, tout comme nous, faire entendre raison à tous ceux et celles qui ont extorqué des millions d’euros aux usagers, qui ont fait ou laissé faire, sous prétexte mensonger d’un service d’assainissement collectif effectivement rendu. Seule la Chambre Régionale des Comptes Lorraine Champagne Ardenne aura osé dénoncer dans un rapport de 2014 de graves manquements à porter au crédit du syndicat tels que des délibérations mensongères, une situation financière préoccupante, une redevance d’assainissement soumise à un risque sérieux de contentieux, l’impossibilité de pouvoir l’augmenter, l’impossibilité de réaliser les investissements, les graves anomalies des passations de marchés, etc… Malheureusement, les nombreuses recommandations (non contraignantes dans un rapport d’observations) de la Chambre, , et notamment la recommandation numéro 6 : « S’assurer que la redevance correspond à un service rendu aux usagers et que son montant est proportionnel à ce service » sont restées lettre morte.
Les très nombreuses irrégularités constatées n’ont nullement effrayé les services juridiques de la préfecture, ni les services du Trésor Public, ni les municipalités ni leur maire à leur tête. Les tribunaux ne sont pas en reste ; S’il advenait que de rares jugements eussent été rendus en faveur d’un plaignant, ils étaient immédiatement cassés par des instances supérieures.
Ainsi l’absence de règlement de service d’assainissement, pourtant obligatoire en application de l’article L2224-12 du code général des collectivités territoriales – et par extension l’absence de contrat entre l’usager et le Service Public -, perdure encore aujourd’hui, et fait le lit de toutes ces irrégularités avérées. A la décharge de ces pseudo-responsables, on n’imagine mal en effet un règlement qui établisse des règles contraignantes pour les usagers alors que les personnes elles-mêmes sensées fournir un service d’assainissement n’en respectent aucune, si ce n’est la seule, universelle, érigée tel un dogme : la redevance d’assainissement collectif pour tous !
On se moque de votre situation et de ses particularités, raccordé ou pas raccordé, raccordable ou pas raccordable, dans le zonage ou hors du zonage, ce qui nous importe c’est votre argent, parce que la Lyonnaise et nous, on a un business à faire tourner !
Je citerai deux affaires qui ont abouti à des jugements qui ne laissent que peu d’espoirs à celles et ceux qui contestent la redevance d’assainissement collectif.
1) Un habitant de Volmunster a saisi la Cour de Cassation (plus haute juridiction judiciaire française) parce qu’il estimait que la redevance d’assainissement partielle qu’on lui réclamait était indue, son habitation n’étant pas raccordée à une station d’épuration ; La Cour de Cassation a tranché en jugeant que « les redevances d'assainissement sont dues par toute personne attachée à un réseau d'assainissement du seul fait de ce rattachement, peu importe que la propriété de l'intéressé ne soit pas raccordée à une station d'épuration »
2) J’ai personnellement saisie la juridiction de proximité de Metz en annulation des titres exécutoires délivrés par le SI2A au motif que les sommes réclamées au titre du service d’assainissement collectif étaient disproportionnées par rapport au service rendu, sans contester le fait qu’une redevance partielle pouvait toutefois être envisagée. Ma lettre-requête ayant ‘trainée’ dans les méandres des bureaux du tribunal, elle a fini par être enregistrée 19 jours après sa réception dûment certifiée par l’accusé de réception de la Poste, ce qui a ouvert une autoroute pour la partie adverse qui s’y est engouffrée et a réussi à faire valoir la prescription ! (délai de prescription extrêmement court (2 mois) dans le cas d’un titre exécutoire).
Ces deux exemples montrent combien il est difficile pour nous, justiciables lambda, de faire valoir nos droits; La question peut sérieusement être posée de savoir si la justice de notre pays n’entend pas décourager toutes celles et ceux qui oseraient s’aventurer sur le terrain de la défense de leurs droits, quand cela heurte l’oligarchie !
Cette affaire excède largement le périmètre mosellan, voire régional. Nous constatons que les mêmes causes produisent les mêmes effets à l’échelon national. C’est un peu comme si le raccordement de toutes les habitations à un réseau collectif était devenu un but à atteindre absolument, quels qu’en fussent les moyens, quels qu’en fussent les coûts, quels qu’en fussent les arrangements avec la loi ou avec le simple bon sens citoyen… Tel un dogme, ce choix du mariage pour tous (usager-redevance exorbitante) n’est contestable qu’au prix d’un harcèlement constant (courriers menaçant de la Société des Eaux de l’est, de cabinets d’huissiers peu scrupuleux, menaces de coupures d’eau) et de jugements punitifs destinés à décourager ceux qui auraient l’idée de le contester. Toute action individuelle, locale voire nationale sera bloquée au niveau supérieur.
La France a-t-elle encore les moyens de faire respecter ses lois nationales ?
Lors de notre premier entretien avec le tout nouveau président du SI2A, en avril 2012, ce dernier nous a dit que ce projet n’était que l’application de la récente loi sur l’eau et que l’on ne pouvait pas y déroger. Je pense qu’il faisait référence à la Loi sur l’eau et les milieux aquatiques (LEMA) du 30 décembre 2006, elle-même étant une émanation de la directive européenne sur l’eau.
Une grande partie de la réglementation française découle des directives européennes et notamment de la directive cadre sur l’eau qui a été transposée en droit français par la loi du 21 avril 2004. C’est ce qu’on peut lire sur EauFrance, le service public d’information sur l’eau.
Ce service public d’information sur l’eau, EauFrance, devrait plutôt s’appeler EauUnionEuropéenne car c’est bien l’Union Européenne qui est le maître du jeu. Et la France, comme les 27 autres états-membres (bientôt 26 – Brexit oblige), transpose ses directives en droit français, le doigt sur la couture du pantalon ! Les traités sont contraignants et les condamnations de la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) en cas de non respect des directives sont financièrement très convaincantes !
La directive cadre sur l’eau est visible ici.
On peut y lire page par exemple dans l’article 9 :
"Les États membres veillent, d'ici à 2010, à ce que la politique de tarification de l'eau incite les usagers à utiliser les ressources de façon efficace et contribue ainsi à la réalisation des objectifs environnementaux de la présente directive"
« la politique de tarification de l’eau incite les usagers à utiliser les ressources de façon efficace… » Ainsi c’est l’Union Européenne qui contraint les états membres à gonfler le prix de l’eau ! Edifiant ! Limpide ! Ainsi ne vous étonnez pas de voir vos factures grimper tandis que vous vous escrimez à restreindre votre consommation !
« la politique de tarification de l’eau contribue à la réalisation des objectifs environnementaux… » Vous a-t-on déjà expliqué quels sont les objectifs environnementaux ? Certainement une kyrielle de mesures choc à grand renfort de rapports aussi incompréhensibles que confus pour combattre des choses gravissimes qui portent gravement atteinte à la santé publique et qu’il faut éradiquer absolument, faute de quoi la surmortalité pourrait décupler, parole d’expert ! Malheureusement, comme souvent, derrière des objectifs louables se cachent des desseins qui le sont beaucoup mois. Un véritable business qu’il faut bien vendre dans un emballage de bons sentiments. Une bonne dose de cynisme pour maquiller les objectifs réels des multinationales : réaliser le maximum de profit au dépend des familles.
Le danger induit par cette ‘nouvelle’ hiérarchie de décideurs, c’est la déresponsabilisation.
Celui qui décide d’une mesure, s’y tient, rend des comptes à qui demande et reste ouvert à leurs doléances. Celui qui applique une mesure qu’il n’a pas décidée va avoir beaucoup plus de mal à rendre des comptes à qui demande et encore plus de mal à répondre à leurs doléances. Pas de quoi s’étonner dans ce contexte du silence, de l’inaction, et parfois de l’embarras des nos maires, présidents de collectivités, préfets, ministres, et j’en oublie, contraints de jouer à l’équilibriste idiot…
L’oligarchie dont l’Union Européenne est le principal outil n’acceptera jamais de voir ses intérêts menacés. Aucune pratique ne la rebute pour défendre son pré carré. Voir l’affaire Suez-Vae Solis (je rappelle que la Société des Eaux de l’Est est filiale de la Lyonnaise des Eaux, elle-même appartenant aux groupe Suez Environnement). Je vous suggère aussi de lire cet article de Novethic, visible ici : Union Européenne : les lobbies font-ils la loi à Bruxelles ?
En conclusion, mesdames messieurs les usagers qui estimez que notre redevance est trop chère, sachez que la France respecte scrupuleusement les directives de l’Union Européenne qui accueille généreusement plus de 30 000 lobbyistes de tous poils en son sein !
La France n’a plus les moyens de faire respecter ses lois nationales. Les lois supranationales, sous forme de directives émanant de l’Union Européenne, sont juridiquement supérieures au droit français.
Ainsi donc l’Etat ne serait pas responsable de cette situation ?
La France perd ses prérogatives…., mais pas sa responsabilité ! Elle est certes soumise au diktat de la Commission Européenne, par les traités, mais nos pantins politiques n’en sont pas moins responsables devant les français. Les Grandes Orientations de Politique Economique (voir ici cet article de l’UPR sur les GOPE) fixent la feuille de route à chaque état membre. Ce qui s’est passé avec les OGM, ce qui s’est passé avec la loi dite ‘Macron’, ce qui est en train de se passer avec la loi dite ‘El Khomri’ est à l’image de ce qui s’est passé avec la loi sur l’eau.
La transparence est la grande absente du projet du SI2A tout comme elle est aussi absente de toutes ces nouvelles réglementations qui découlent directement de Bruxelles. Les médias sont totalement inféodés aux oligarques néolibéraux qui instaurent petit à petit une véritable dictature à travers la machine infernale qu’est l’Union Européenne. Ainsi ils ne vous informeront jamais de manière neutre et pragmatique, mais toujours dans le sens de Bruxelles. Qui est aujourd’hui conscient de ce qui se passe dans notre pays ? Celui qui se borne à regarder les chaines de télévision grand public, écouter les radios ou lire les journaux mainstream ne sera malheureusement pas averti des réalités de notre temps.
L’application forcée des règles communautaires venant de Bruxelles génère naturellement de la violence quand cela est contraire au droit français et aux aspirations du peuple français (l’utilisation abusive du 49.3 en est une illustration). Elle fait voler en éclat les références ancestrales des partis politiques de gauche, du centre, de droite, y compris les extrêmes. Tous les gouvernements appliquent la même politique, pas la leur, pas celle qu’ils ont de manière totalement abusive promise aux électeurs pour obtenir leur poste ! Non, celle qui est imposée par Bruxelles !
Ce n’est plus le droit national qui prévaut mais bien le droit de l’UE qui est rendu par la CJUE (Cour de Justice de l’Union Européenne) en dernier ressort. Les condamnations de la France par l’Union Européenne sont une réalité et montrent bien qui fait la loi chez nous. Il suffit de taper « France condamnée par le CJUE » dans un moteur de recherche pour voir la partie émergée de l’iceberg des mesures punitives par manquement ou simple retard dans l’application des directives européennes ! Voir cet exemple concernant le traitement des eaux urbaines résiduaires, ou cet autre exemple portant sur le programme d’action pour lutter contre les nitrates où le ministre de l’agriculture dit cette phrase où le cynisme le dispute à la lucidité : « Sans doute est-il plus simple de contraindre des citoyens isolés que des collectivités et des lobbies ! ».
Une association comme ADUSPAA peut-elle continuer de défendre ses adhérents sur la base du droit français ?
Dans le contexte décrit ci-dessus, comment pourrions-nous encore faire valoir nos droits ? Je crois que nous avons fait le tour de la question. Nous avons essayé tout ce qui était à notre portée. Une petite association comme ADUSPAA ne peut rien. Même une association de rang national ne peut rien. Même les rares députés qui défendent honnêtement leurs électeurs (je veux croire que cela existe encore) ne peuvent rien. Même la justice ne peut rien. Ne parlons pas des préfets, des ministres qui représentent une France bâillonnée et ligotée.
Mes engagements désormais seront aux côtés de tous mes compatriotes qui comme moi refuseront le diktat de l’Union Européenne, en mettant tout en œuvre pour s’extraire de ce carcan dans lequel se sont enfermés tous nos politiques, de l’extrême gauche à l’extrême droite sans exception, obnubilés par leur seule carrière et leurs intérêts personnels.
Loin de toutes ces personnes qui affichent une opposition de pacotille, de façade, sans courage, sans idéal, je me placerai aux côtés de ceux qui permettront de redonner à la France sa responsabilité, son libre arbitre et la maîtrise de son destin.
C’est le premier pas indispensable qui permettra de redonner progressivement corps à nos services publics à la française, rétablira l’égalité de traitement face aux manquements à la loi, redonnera un sens au mot démocratie.

